[creation site internet] [logiciel creation site] [creation site web] [Actualités]
[Etudes]
[Formes_urbaines]
[Territoires]
[Architectures]
[Projets]
[Textes]
[Videos]
[Archives]
[Liens]
[0 0 1 1 1 1 1 0 640 480]
[Présentation]
[Actualités]
[]

Accueil

Informations

Contact

Page précédente

Page suivante

Textes généraux

Replacer l’individu au cœur de la ville…
Texte publié dans la revue "Urbanisme" en mai-juin 2008, n° 360



J’ai récemment proposé un film sur le quartier Masséna à Paris : certains ont pu s’étonner que je parle de « violence urbaine » … et je voudrais m’en expliquer.  Il n’est nullement dans mon propos de « critiquer » l’ensemble de la profession architecturale, ni de prétendre prendre la place de ceux qui sont élus ! Ces termes qui titrent mon film me sont venus sur le terrain, d’une appréhension physique de l’espace produit : depuis, je constate que nombre d’entre vous (habitants) partagent cette impression et ce sentiment, jusqu’à la crainte ou l’angoisse d’aborder ces quartiers (j’y associerai la Défense). La question qui se pose est donc la suivante : comment en sommes nous arrivés à cette situation là?… je veux dire, comment résoudre ce « clivage » total qui sépare aujourd’hui les habitants de ceux qui conçoivent et réalisent la ville, persuadés eux de bien faire?

J’ai exprimé dans ce film (*) mon attachement aux formes de villes "traditionnelles", car je crois plus à l'expérience et au savoir-faire accumulés sur des siècles qu'aux fantasmes ou aux utopies de quelques individualités, et pourtant je ne suis nullement nostalgique ! Par ailleurs les formes de villes traditionnelles ne sont nullement monolithiques; elles sont extrêmement riches et variées, et nous offrent toutes possibilités ; des formes basses (plain-pied comme les « hutong » de Pékin) à des formes un peu plus denses et hautes (R+1 à R+2 comme les « lilong » de Shanghai, les « roji » japonais, les bastides du sud-ouest, les médinas...)... Pour ceux qui craignent l'uniformité des hauteurs, des assemblages urbains composites comme rue des Haies et rue des Vignolles à Paris exist(ai)ent aussi (de RDC à R+3). Les îlots ouverts ont existé bien avant leur conceptualisation et leur systématisation! Car c'est bien contre l'esprit de système qu'il faut agir (ou penser).

L'esprit de système, c'est ce qui est à l'œuvre aujourd'hui dans le quartier Masséna. Le problème n'est pas celui de l'îlot, mais celui de l'échelle, aussi bien du bâti que de l'espace public (rues, places, ...): les rues sont trop larges au regard de la nécessité et des fonctions qu'elles remplissent, les questions de circulation et de stationnement ne sont pas traitées (dans un quartier neuf !) alors qu’ailleurs elles semblent focaliser l’attention, les bâtiments trop grands (en terme de linéaire sur rue, non de hauteur), la qualité architecturale médiocre...

Alors comment agir et penser différemment? ... car c'est cela le plus difficile, le plus "inimaginable" aujourd'hui de la part de ceux qui conçoivent la ville ;
  
  1. réduire au minimum la dimension de l'espace public, ce qui nous amènera à dessiner comme autrefois des passages, venelles, rues étroites... bref de la "densité" urbaine, de la proximité et de la sociabilité, de l'économie du territoire et du foncier!
  2. parcelliser finement le foncier à bâtir, dans le même soucis de sa rentabilité et de ne pas le livrer exclusivement à de gros "opérateurs" qui ne savent pas (ou ne s'intéressent pas) gérer l'échelle architecturale; ceci permettrait aussi de redonner le terrain aux opérateurs privés, plus petits, et de créer de la diversité urbaine. Autrefois l'impôt foncier dépendait du linéaire sur rue (ce qui n'est pas absurde), et favorisait la diversité des styles et le rythme pluriel de la ville. Aujourd'hui le quartier Masséna reconduit à outrance le schéma haussmannien avec des immeubles trop longs, ennuyeux, uniformes (c'est pour cette raison que je parle dans mon film d'urbanisme totalitaire... en opposition à la variété, aux rythmes et aux goûts individuels divers, voire à la fantaisie !).
  3. une conséquence de cet urbanisme de "grands ensembles" est aussi le développement de la bureaucratie qui l'accompagne, gestionnaire d'immeubles, syndics... qui grèvent le budget d'exploitation de ces ensembles immobiliers, au détriment des habitants et utilisateurs. Vous voyez là les strates qui s'accumulent et qui "sont" le décalage entre la réalité (des habitants) et le fantasme des concepteurs, le "clivage" entre la réalité et la fiction architecturale actuelle. Qui veut (en tant qu'habitant) être soumis à un tel système? Pourquoi les habitants rêvent-ils de maisons individuelles, d'être "chez eux"? Peut-être pour échapper à ce système, à cette soumission aux classes bureaucratiques intermédiaires et inutiles, kafkaïennes, … quand  aucune autre possibilité ne leur est proposée (pourtant elles existent)!
  4. une des meilleures réponses est de montrer et de proposer d'autres possibilités urbaines: il en existe à foison ,comme je l'exprimais précédemment. Sur mon site (**) je développe les exemples que je vous ai cités plus haut, et nous pourrions les soumettre aux habitants... ce qui aurait dû être fait à la Maison de l'Architecture récemment lors du débat intitulé «Paris demain… » (et mériterait une grande exposition à la Cité de l’Architecture), si les organisateurs avaient bien voulu inviter d’autres architectes que les partisans des tours!
  5. concernant la qualité architecturale que j'ai évoquée, je sais bien qu'il s'agit essentiellement là (à Masséna) d'une architecture de promoteurs; je ne jette pas la pierre aux architectes, je ne sais si je ferais beaucoup mieux qu'eux! Nous avons beaucoup à ré-apprendre. La question de l'échelle que j'ai évoquée ci-avant nous aiderait à améliorer l'architecture (pourquoi les architectes divisent-ils "intuitivement" leurs projets trop grands en plots?). Et nous pourrions nous faire aider d'architectes étrangers qui savent mieux traiter les échelles urbaines, l’échelle réduite et contrainte de la ville humaniste (Japon)!
  6. Dernier point sur lequel je voudrais m’exprimer : la croissance exponentielle des villes asiatiques (chinoises en particulier) sert d’alibi aujourd’hui aux partisans de l’urbanisme vertical et débridé ! Pourtant cette croissance n’a rien à voir avec ce que nous vivons aujourd’hui chez nous : les déplacements de populations liés à l’urbanisation massive et à la décroissance des populations rurales, nous les avons vécues il y a un siècle !  Nous devrions savoir d’ailleurs de quelle piètre façon nous l’avons géré… Aujourd’hui, la question n’est, ici, pas là !

Reprenons le travail sur la ville, sur l’écriture de formes urbaines sociables et agréables… la qualité architecturale suivra.

Luc Dupont, architecte (3 avril 2008)

Site consacré à l'architecture et aux études urbaines

lien vers l'atelier d'architecture...