Shikiri et Tsukuroi
Nous avons assisté à une conférence du Professeur Hiroshi Kashiwagi, enseignant à l'Université d'Art de Musashino (Tokyo). Cette conférence était organisée par la Fondation Maison des Sciences de l’Homme (FMSH) en mars 2011 à Paris.
Cet article est donc né de l’écoute de cette conférence, puis a été complété par Naoko Omori. Il a ensuite été illustré de quelques photographies que nous possédions ou que nous avons trouvées.
Shikiri et tsukuroi sont deux notions différentes, mis elles renvoient toutes deux à l’esthétique japonaise, dans le domaine de l’architecture mais aussi des objets et même des jardins. Est-il juste d’ailleurs de parler d’ « esthétique », quand ces notions ne renvoient nullement à des critères formels, mais plutôt à un positionnement philosophique, une morale de la vie ?
Shikiri = séparation
L’espace japonais est ouvert et délimité. Nous nous contenterons de l’observer dans l’espace de la maison japonaise, mais nous pourrions y ajouter des notions temporelles (dans la maison traditionnelle une pièce sert à différents usages au cours de la journée ; nous savons que dans les chambres les futons sont roulés et rangés).
Intérieur/Extérieur : le passage s’effectue par un espace de transition à l’intérieur duquel on se déchausse ;
Public/Privé : certains espaces sont consacrés à l’accueil des hôtes, mais ils peuvent servir à la famille le soir par exemple.
On parle souvent d’ « ambiguïté » à propos de la limite entre deux espaces dans l’architecture japonaise, dans le sens d’une imprécision dans la définition des espaces tels que nous les vivons. Pourtant la définition des espaces au Japon est forte, et notamment la distinction entre espaces intérieurs et extérieurs, comme l’exprime le comportement de retirer ses chaussures en entrant. Chez nous (qui nous croyons dénués d’ambiguïté), est-il naturel d’établir des limites fortes et solides (murs, cloisons opaques), et de nous comporter à l’intérieur comme à l’extérieur (en conservant nos chaussures par exemple)?
Au Japon les modes séparatifs ne sont pas seulement verticaux (murs, cloisons) ; ils sont aussi horizontaux, par la différence des niveaux de sols, mais aussi la différence des matériaux, pierre dans l’entrée, tatamis dans les espaces de vie, parquets dans les espaces de transition, notamment avec l’extérieur (engawa). Nous pourrions même dire que l’espace se dessine aussi au plafond, formalisé par les poutres dans l’espace commun de la charpente…