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Une première lecture hâtive laisse apparaître aujourd’hui l’agglomération parisienne comme une nébuleuse indifférenciée. En réalité il s’agit d’un territoire très anciennement occupé et structuré en villages et agglomérations selon une logique géographique, historique et topographique. Il faut se reporter aux cartes anciennes pour redécouvrir cette organisation et trouver ses lignes majeures, ses chemins de desserte. Les polarités multiples de la ville existent déjà, elles y sont inscrites.

Seul l’examen de la formation de la ville nous permet ensuite de la « dessiner », dans un souci de densité et d’économie de l’espace collectif. Tous les vides (mis à part les parcs) de la carte ci-dessus ont été remplis à partir de la moitié du 19ème siècle : espaces industriels principalement dans les vallées et lieux bas, cités et zones d’habitat diffus ou pavillonnaire ailleurs. Ils constituent les territoires à retravailler.

Nous continuons malheureusement à bégayer l’urbanisme médiocre et inhumain des cités, désormais sous des formes prétendument « écologiques », en investissant les deniers vides ou les territoires à reconvertir ! C’est un urbanisme muet (sans langage), morbide, sans liens entre les habitations et sans espaces de rencontres entre les habitants. C’est de surcroît un urbanisme dispendieux : gabegie des espaces vides à entretenir, formes architecturales monstrueuses et coûteuses à entretenir… quand il ne faut pas les détruire 20 ans plus tard, coûts d’exploitation élevés pesant sur les familles…

De Paris à Clichy sous bois il nous faut revenir au dessin des rues (étroites, sans stationnement), des passages… et surtout des places publiques, donnée totalement absente (Tolbiac Masséna, les Batignolles, futurs Docks de Saint-Ouen…) dans l’urbanisme contemporain alors qu’elle est le fondement de l’humanité des villes ! Il ne s’agit nullement d’une déclinaison d’essence formelle qu’il faudrait combattre et remplacer, mais du meilleur ajustement économique et humain aux préoccupations d’économie foncière et de rapprochement des individus. Remplacer comme cela se fait dans certaines zones ANRU les barres par des immeubles de taille moyenne ne suffit pas et ne résout pas le problème des banlieues. Les formes urbaines ne sont pas une donnée « à inventer », qui plus est à l’ère de l’écologie : l’histoire des villes nous en donne de multiples exemples (sur lesquels nous pouvons introduire des variations…)null Nous l’avons présenté à une SEM majeure de la région parisienne… Elle nous a dit son intérêt… mais a conclu que ce projet ne serait pas accepté par les promoteurs, qu’il conviendrait de l’appliquer à des tissus anciens à rénover !

Qui fait la ville ? Qui veut dessiner et construire de la ville ? Comprenez-vous mieux alors les problèmes des banlieues ? Sans volonté politique éclairée la ville continuera à se défaire.
  

Paris et les villes et villages qui l'entourent en 1815

Ce texte a été publié par la revue "Urbanisme" en janvier-février 2010.

Nous les en remercions.

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