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[Avancement du Grand Paris - septembre 2011]

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Septembre 2011 / Sybille Vincendon, journaliste à Libération, nous informe régulièrement sur son blog "Grand Paris et petits détours" des évènements et avancées du projet. Nous l'en remercions; la communication sur ce projet essentiel est plutôt rare.
Suite à son dernier billet, nous vous transmettons le commentaire que nous avons voulu publier sur son blog... mais qui s'est avéré trop long !
Auparavant nous vous renvoyons vers son article, que nous vous conseillons de lire avant notre réaction..

Où en est-on du Grand Paris ?


Merci Madame Vincendon de suivre pour nous ces questions essentielles et de nous tenir informés. Depuis le lancement de cette opération, suivie par l'exposition du Palais de Chaillot, bien peu d'information filtre et semble débattue au grand jour...

Après la question des transports, la question de la maîtrise du développement urbain est capitale en effet. L'état de la "grande ville" est tel, son développement tellement anarchique, qu'il est difficile d'imaginer une réaction positive sans intervention forte, éclairée et contraignante...
Le préfet représente-t-il la bonne personne? Je ne sais. J'avais à l'époque proposé une "Haute Autorité" des questions urbaines et architecturales, comme il en existe dans d'autres domaines plus mineurs, et qui serait composée de membres éduqués à ces questions, remarquables, indépendants et reconnus (architectes, urbanistes, historiens...).

Malheureusement le travail des dix équipes d'architectes n'a pas abouti à une proposition synthétique claire, lisible et compréhensible. Ils se sont vu confier des projets localisés par ci par là dont nous ne connaissons pas la cohérence globale et qui ajoutent à l'impression de cacophonie.

Deux questions essentielles semblaient avoir l'accord du Président de la République:
1. les surfaces bâties existantes suffisaient à contenir l' "extension" de l'agglomération, sans avoir besoin de construire sur des terres vierges supplémentaires. Il suffisait de densifier.
2. il fallait "dérèglementer" car nombre de règlements locaux (PLU, POS) s'opposent à cette évolution de la ville et entérinent un zoning affligeant, anti-urbain et antisocial.
Malheureusement nombre d'opération en cours ou lancées dans le cadre du Grand Paris créent une première entorse à ces principes sages et prometteurs! Nous urbanisons sans mesure tous les vides potentiels de la ville qui étouffe déjà (Plaine Saint-Denis, Docks de Saint-Ouen, Gennevilliers, Ivry-Vitry, ...), et même au delà sur les terres agricoles (Saclay), ce qui constituent de biens mauvais signes et rend le projet d'ensemble illisible.

Aux dix sept contrats de développement territorial que vous citez, nous aimerions voir associés dix sept territoires protégés et interdits de construction, des poumons dans la ville! Antérieure à la question de construire est celle de choisir où "ne pas construire". Tout comme la question architecturale est celle de la gestion des vides intérieurs, la question urbaine est celle de la préservation d'espaces complémentaires non bâtis. Je vous renvoie sur mon site à l'article que je viens de publier sur "Marrakech, ancienne cité jardin". Malheureusement aujourd'hui la plupart des villes ont oublié ces principes et se développent de manière tentaculaire et anarchique, au détriment du bonheur d'habiter des habitants et de la nécessité qu'ils ont d'espace de nature et de jardinage.

En 2000-2001 j'ai dessiné un projet urbain pour Paris qui allait dans ce sens; c'était un travail sur les vides urbains; vous pourrez là aussi le consulter sur mon site...

La plupart des PLU des communes de banlieue entérinent le zoning et la séparation dramatique des centres villes anciens, des zones pavillonnaires, des espaces de bureaux, de commerces, d'activités, d'industries... J'avais analysé le PLU de Bagneux à titre d'exemple: ils semblent tous à re-écrire! A ma connaissance il existe un exemple contradictoire très louable à Montrouge qui ne comporte qu'une seule zone urbaine. J'espère qu'il en existe d'autres qui vont dans ce sens et que je ne connais pas...

Une autre question mérite d'être posée: celle des modèles urbains que nous entendons développer et proposer aux habitants. Aujourd'hui semblent prévaloir les modèles "hauts et denses", oscillant entre des immeubles R+5/R+6 (gabarit haussmannien reconduit), voire R+10 à R+12... Ces modèles sont-ils appropriés à la banlieue, et sont-ils les seuls possibles? Personnellement je pense que non, qu'ils s'opposent frontalement aux souhaits de beaucoup de gens qui habitent la banlieue, et que la tentation d'uniformiser à partir du modèle parisien est mauvaise et inappropriée. Beaucoup d'habitants aiment la banlieue qui malgré ses défauts offre une qualité de vie supérieure et des espaces de nature. Cette question mériterait d'être posée ouvertement à tous et débattue: les opérations urbaines en cours apparaissent souvent arbitraires et quelque peu autoritaires... Elles ne nous éloignent pas beaucoup de l'urbanisme d'après guerre: les plans urbains sont les mêmes, l'échelle un peu réduite...

Voilà beaucoup de questions. Au moins vous nous offrez la possibilité d'en parler. Je vous en remercie.

Site consacré à l'architecture et aux études urbaines

lien vers l'atelier d'architecture...