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Autant vous dire que j'ai été "subjugué" par ce message, par la finesse de sa formulation et de son analyse... et que j'ai alors considéré que j'avais bien fait d'attendre avant de vous parler de cette exposition! Je ne me substituerai d'ailleurs pas à ce propos; je vous montre quelques photographies de l'évènement, et je concluerai en vous livrant l'intégralité du dialogue qui a suivi avec cette amie architecte...

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"Emergence / Immergence"
Exposition sur Pékin et Shanghai

Suite à un voyage à Pékin et Shanghai en mai 2007 avec Annie Bériat (architecte) et Thomas Dewynter (architecte d'intérieur), nous avons réalisé une exposition de photographies et vidéos le 19 avril 2008 à Paris. Cette exposition accompagnée d'un débat entre architectes chinois et français a été rendue possible grace à Yuhui Shi (architecte chinoise) et Liguo Li (architecte, président de l'Association des architectes chinois en France): nous les en remercions vivement.

Rendre compte de cet évènement n'était pas facile pour nous... il est difficile d'être "juge et partie"! Le courrier spontané d'une amie architecte présente à cette exposition nous en donne l'occasion. Nous vous donnons à lire ce courrier, accompagné de quelques photographies de l'exposition... et suivi de l'échange que j'ai ensuite eu avec elle.

En attendant une suite à cette exposition...

Cher Luc,

Du coup, j'ai eu un message très sympa de Virginie...qui rebondissait sur
une expo sur la Chine en préparation à la cité de l'Architecture et du
Patrimoine...

Ah les altercations entre architectes ! J'aime bien ton approche sensible
qui peut participer à la prise de conscience par les chinois de la qualité
de modèles urbains originaux, ton intuition de leur adaptabilité dans le
monde contemporain, malgré l'omniprésence des images et des calculs qui font
tout pour nous démontrer le contraire. En sortant de la conférence, je
m'étais dit que je retournerais bien regarder ce que disait Giovannoni au
sujet des villes italiennes: pour débattre contre des architectes qui
revendiquent leur statut de praticien, c'est pas mal de fourbir ses armes et
de leur démontrer qu'ailleurs ce que tu proposes a été fait, pensé,
revendiqué.

Je trouve très beau qu'à la suite de ton premier voyage, ton coup de cœur se
soit transformé en un appel à transmettre ton émotion. Visiblement, ton
engagement est communicatif et les étudiants chinois en ont senti la
fécondité. Tu ouvres le regard à une certaine beauté des personnes, à ce
rôle discret de l'architecture d'être un écrin pour les relations humaines.

Cette position de l'architecture servante est tellement à l'opposé de celle
qui voue un culte aux objets urbains plus hauts, plus tout, que la réaction
est inévitable. Mais j'ai été étonnée de la réaction extrêmement agressive
de ton interlocuteur: en quoi un "doux rêveur", quelques vidéos, quelques
photos, le menaceraient-il ? Pourquoi se donne-t-il la peine de t'attaquer ?
Il y a quelque chose de subversif dans l'admiration et le désintéressement
qui révèle en creux les appétits plus terre à terre des architectes qui se
parent de grands airs et de grands discours. On sent mieux pourquoi des
régimes autoritaires redoutent la culture.

Bon, excuse-moi pour mes élucubrations du jour...il faut que je bosse !
A bientôt donc,
Je t'embrasse,
            Marie Osmonde

Dialogue
 (intégral et non corrigé)


Cher Luc,
Je m'aperçois que je ne t'ai toujours pas remercié de ce moment de rencontre franco-chinoise très intéressant, enlevé, remarquablement organisé et archi sympa !

Je sais que tu es très pris par un boulot en agence en ce moment mais si tu as un break et que tu veux venir respirer l'air de la mer (ou presque) au nouveau bar de la marine avec terrasse i tout, (construit par un de ces architectes à la mode en chine, Jacques Ferrier !) tu seras le bienvenu.

En attendant, je t'embrasse
Marie Osmonde


Chère Marie Osmonde,
Est-ce que les grands esprits se rencontrent...?
Je viens d'avoir un coup de fil très sympathique de Virginie!
Dis moi, tu travaillais aujourd'hui?...
Tu m’as fais rire avec Jacques Ferrier: je me suis opposé à lui lors d'un débat récent à la Maison de l' Architecture!!! (rires)

... tu vas croire que je n'ai que des ennemis!!!!
Heureusement non, et ces quelques oppositions, je les éviterais bien!... mais Ferrier est vraiment un pauvre diable!
Je travaille encore en agence quelques temps... et mon site en souffre un peu! (j'ai mis un petit article sur les "rojis" japonais ce week-end)
Alors en attendant un peu plus d'air... je viendrai volontiers déjeuner avec vous!
A bientôt, je t'embrasse
Luc


Cher Luc,             (partie retranscrite ci-dessus)
Du coup, j'ai eu un message très sympa de Virginie...qui rebondissait sur
une expo sur la Chine en préparation à la cité de l'Architecture et du
Patrimoine...

Ah les altercations entre architectes ! J'aime bien ton approche sensible
qui peut participer à la prise de conscience par les chinois de la qualité
de modèles urbains originaux, ton intuition de leur adaptabilité dans le
monde contemporain, malgré l'omniprésence des images et des calculs qui font
tout pour nous démontrer le contraire. En sortant de la conférence, je
m'étais dit que je retournerais bien regarder ce que disait Giovannoni au
sujet des villes italiennes: pour débattre contre des architectes qui
revendiquent leur statut de praticien, c'est pas mal de fourbir ses armes et
de leur démontrer qu'ailleurs ce que tu proposes a été fait, pensé,
revendiqué.

Je trouve très beau qu'à la suite de ton premier voyage, ton coup de cœur se
soit transformé en un appel à transmettre ton émotion. Visiblement, ton
engagement est communicatif et les étudiants chinois en ont senti la
fécondité. Tu ouvres le regard à une certaine beauté des personnes, à ce
rôle discret de l'architecture d'être un écrin pour les relations humaines.

Cette position de l'architecture servante est tellement à l'opposé de celle
qui voue un culte aux objets urbains plus hauts, plus tout, que la réaction
est inévitable. Mais j'ai été étonnée de la réaction extrêmement agressive
de ton interlocuteur: en quoi un "doux rêveur", quelques vidéos, quelques
photos, le menaceraient-il ? Pourquoi se donne-t-il la peine de t'attaquer ?
Il y a quelque chose de subversif dans l'admiration et le désintéressement
qui révèle en creux les appétits plus terre à terre des architectes qui se
parent de grands airs et de grands discours. On sent mieux pourquoi des
régimes autoritaires redoutent la culture.

Bon, excuse-moi pour mes élucubrations du jour...il faut que je bosse !
A bientôt donc,
Je t'embrasse,
Marie Osmonde


Chère Marie Osmonde,
Ton message est tellement beau, que:
  1. d'une part je prends le temps de le lire et relire;
  2. d'autre part j'aimerais le publier.... mais cela demande de t'en
     parler!

Liguo qui a organisé notre exposition m'incite à publier un article sur mon site: d'une certaine manière je ne souhaite pas retranscrire tout le débat qui a eu lieu... (l'enregistrement existe, mais il serait long et fastidieux à écouter...). Comment rendre compte de l'expo? J'ai quelques photos à montrer... et mes commentaires ne seraient pas les plus appropriés!
C'est pourquoi ta réaction m'importe, et me semble parler de l'expo mieux que je ne pourrais le faire.
Bon, rien ne presse... dis moi ce que tu en penses!
Je t'embrasse,
Luc


Cher Luc,
Si tu crois que c'est bien, n'hésite pas; si il faut remanier la chose, je
peux également plancher !

(C'est drôle, quand tu dis "ce message est tellement beau", j'ai
l'impression que ça s'adresse à quelqu'un d'autre ! Ah la confiance en soi!)
On en parle quand tu veux
Je t'embrasse,
Marie Osmonde

PS: sinon, je trouve que l'intervention du jeune architecte chinois qui
travaille chez Portzamparc était intéressante sur le thème de l'image de
référence. En retraçant comment l'urbanisme contemporain en Chine a été
façonné à partir de modèles, d'images de la ville moderne occidentale,(on
pourrait dire d'une imagerie), il suggère qu'il y aurait une autre façon de
s'approprier le savoir urbain occidental: non pas en copiant le produit
fini, mais en s'inspirant des processus qui l'ont généré, au croisement de
préoccupations (en vrac) économiques, fonctionnelles, constructives,
d'échelle, de parcellaire, hygiénistes, sécuritaires, symboliques,
politiques, sociales, esthétiques, culturelles, relationnelles...
On le sent soucieux de trouver une troisième voie, qui s'ancrerait dans une
relecture des tissus urbains traditionnels. Il me semble que Portzamparc a
essayé de retravailler des formes urbaines traditionnelles (je pense aux
Hautes Formes, à certaines interventions dans le 13e (rue du château des
rentiers ? ) ) sans être pour autant "passéiste".

C'était la pensée du jour !


Chère Marie Osmonde,
Pour le premier message, il n'y a rien à changer!
J'ai juste besoin de savoir si tu veux signer ce "courrier" ou non... c'est vraiment comme tu veux!

Sur le thème que tu abordes en évoquant le jeune architecte chinois, mon impression est que le sujet est très délicat!
Oui, il n'est pas souhaitable d'être dans la nostalgie ou passéiste, et nous pouvons "actualiser" des formes anciennes...
mais si sur ce point beaucoup sont d'accord, il ne faut arrêter la réflexion à ce stade, sinon on fait... du Portzamparc!!!
Tu devines que je n'aime pas beaucoup...
parce que la réflexion n'est que formelle, ce qui ne suffit pas;
Il y a dans l'architecture traditionnelle un sens, une intégration au territoire et à l'individu... que nous avons perdu! Cela est très difficile à retrouver, et les débats sur la forme n'y aident pas! C'est le sens de ce que nous construisons qu'il faut redéfinir, questionner, en se posant des questions simples mais primordiales:
   Où est-ce que j'aimerais habiter?
   Le style de la construction, ancien ou moderne, m' importe-t-il?
   Quelle importance est-ce que je donne à l' "environnement" (nature, paysage, voisinage...)?
   Comment j'imagine mon lieu d'habitation?...etc.

Beaucoup de ces questions semblent oubliées par la plupart des architectes, qui semblent plutôt se soucier de leur réussite, de leur publication, de leur "reconnaissance" dans un milieu médiatique ou "artistique": et ces fantasmes les placent sur le chemin de la rivalité, de la jalousie, de la domination... dans l'oubli total des personnes auxquelles sont destinées leurs réalisations!
Aussi bien la presse que nos études ne nous aident pas beaucoup dans cette démarche, quand elles nous abreuvent des mouvements modernes (sans en définir le sens... quelques règles hygiénistes ou techniques ne suffisent pas!) ou de la "modernité"! Je n'ai toujours pas compris ce que c'était, et j'attends quelqu'un qui sache l'expliquer... Car où se situe cette "rupture" épistémologique qui semble évidente à beaucoup? Moi, je ne la localise toujours pas, et je sens que nos savoirs sont toujours fragiles, et parfois en régression sur bien des questions... dont l'art de bâtir et de créer de la beauté! /(Pourquoi beaucoup d'entre nous - la majorité- préfèrent les formes "anciennes" de construction, sinon pour la qualité de leur réalisation?).
Aujourd'hui la plupart des personnes qui parlent des mouvements modernes sont dans un discours sur la forme, et ils s'appuient parfois sur des formes contemporaines artistiques pour "justifier" leur discours. Mais tu remarqueras que leur discours est circonvolutif, stérile, vide de sens (signification, langage, formulation)... et qu'il n'aborde jamais les questions humaines de l’échange, du plaisir, de la sensation, du sentiment individuel ou échangé!
Pour ma part j'en suis arrivé au stade où je ne différencie plus construction traditionnelle ou moderne sinon pour évaluer le "plaisir" qu'il me procure et les qualités que je lui reconnais. Et parfois même je me dis que les constructions traditionnelles sont l'avenir des mouvements modernes, dans le sens où, dans un soucis névrotique d'objectivation (rationalisation?) de tout… il nous reste à découvrir les facteurs non objectivables (non rentables?) de notre être, qui eux étaient intégrés dans les arts anciens!
Tu me parles dans ton courrier précédent du "manque de confiance": c'est une question essentielle. Elle me semble liée à cet écart qui nous sépare aujourd'hui de la réalité, au sens où nous sommes amputés (par la modernité!) de la moitié de notre être, intuitif, sensoriel, affectif! Il y a paradoxalement une discipline qui devrait nous faire "émerger" de cet état d'ensevelissement,... la psychanalyse, si nous prenions le risque de ne pas la théoriser ou la rejeter (vers d'autres, ce que font la plupart), et la prenions pour ce quelle est: le risque, l’aventure de la découverte "intérieure", qui seule peut nous réconcilier avec le monde (nature et êtres humains) qui nous entoure... (à ce sujet je place sous le terme de psychanalyse tous ses développements, y compris les critiques qui ont pu être formulées par Deleuze et Guattari par exemple, car cette discipline n'a d'intérêt que comme champ "ouvert").
Toutes ces questions sont complexes: mes formulations me semblent parfois très partielles et approximatives; je te remercie de m'aider à les travailler un peu plus...
Je t'embrasse,
Luc
  

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